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31/07/2015

Le Monde des Livres sélectionne "L'Oreille de Lacan" de Patrice Trigano - Merci à Xavier Houssin (Le Monde du 31 juillet 2015)

 

Capture d’écran 2015-08-31 à 08.41.44.pngLES LIVRES DE L ETE

Mélange des genres

ROMAN - Mélange des genres

L'acte manqué

II vit hors du monde, Samuel Rosen. Ou plutôt dans son monde. Le seul monde qui existe vraiment. Une galaxie à laquelle son hôtel particulier 6 du VIII arrondissement de Paris tient lieu de centre et qui se ramifie dans les rues de Saint-Ger- main-des-Prés. Il s'y est installe dans un confort ouaté, raffiné, entre les livres précieux, les toiles et les gravures. Collectionnant les mémento mort et les masques africains. Aux bons soins d'un majordome, il s'est retiré dans ce délicat fatras comme « un ermite du luxe ».

Capture d’écran 2015-08-31 à 08.45.37.pngPensant à l'instar du Proust des Plaisirs et les jours qu'« il vaut mieux rêver sa vie que la vivre. Encore que la vivre, ce soit encore la rêver ». Sauf qu'en lui tout s'agite.

Les obsessions, les frustrations, les culpabilités. Surtout, il rumine le regret de n'avoir jamais osé lorsqu'il avait 20 ans franchir la porte du cabinet de Jacques Lacan. Son voisin du 5, rue de Lille... Ce livre de Patrice Trigano est comme un petit traité de l'art de la névrose. Drôle, féroce, intelligent.

On y avance dans la brousse des pensées empêchées.
A l'affût des traumatismes du passé et du temps oublié. •


XAVIER HOUSSIN
+L'Oreille de Lacan, de
Patrice Trigano,
La Difference,
192o 18€ 

01/07/2015

Service littéraire repère "L'Oreille de Lacan" de Patrice Trigano (juillet 2015)

SERVICE LITTERAIRE DE JUILLET-AOUT 2015

Capture d’écran 2015-08-31 à 15.31.01.png

ON TROUVE CA BIEN :

L'Oreille de Lacan, de Patrice Trigano. Un dandy hypocondriaque qui aurait voulu consulter chez ce cher Jacques se retrouve chez des moines trappistes. Le choc, pour l'athée, est maousse. Entre les dessins de Bellmer, "Les fleurs du mal", "Les fourberies de Scapin", c'est l'écriture qui subsiste. (La Différence, 192 p., 18 €)

24/06/2015

"L'Oreille de Lacan" apprécié par le très exigeant Alan Argoul (24 juin 2015)

Patrice Trigano, L’oreille de Lacan

patrice trigano l oreille de lacan
L’auteur aime à se mettre dans la peau d’un autre ; il s’est ainsi inséré dans la personnalité d’Antonin Artaud et de Raymond Roussel« Quelle bien étrange et douce tendance que celle qui consiste à ne voir le monde qu’à travers l’art ! », écrit-il dans Une vie pour l’art. L’art serait un reflet de la vie, mais sublimé, réduit à son essence signifiante. En ce dernier « roman », il a imaginé et fantasmé cette fois la vie d’un personnage de fiction, Samuel Rosen.

Dandy névrosé plein de TOC, obsédé de Lacan qu’il n’a jamais rencontré mais aperçu de loin, collectionneur maniaque qui s’entoure d’objets comme d’autant de doudous, Samuel est un personnage cannibale. Comme le Golem, créature artificielle qui échappe à son créateur, il en vient à envahir la vie de l’auteur, son imaginaire, comme une « élucubration désirante », ainsi qu’il le dit joliment hors texte. La construction du roman présente l’originalité d’un prologue où l’auteur expose sa volonté de faire la biographie de son personnage, d’un « logue » où il en revêt la peau, enfin d’un épilogue où il se dresse contre lui, l’accusant de l’avoir contaminé. Mais être possédé des êtres créés de soi, n’est-ce pas la pathologie du véritable écrivain ?

Rosen est révolté évidemment, comme son auteur et comme le veut la mode intellectuelle. Il se cherche sans se trouver. Inhibé sexuel, il pousse les expériences comme on pousse successivement des portes – jusqu’à l’ultime. Il va ainsi dans les premières pages participer, alors que « la lune diffuse sa lumière blafarde dans les rues désertes » p.21, à une séance des Omphalopsyches, une secte adoratrice du nombril, qui y voit depuis la plus haute antiquité l’origine du monde. Ce n’est pas sans rappeler Joris-Karl Huysmans (d’ailleurs cité p.30), dandy lui aussi, tout pénétré des tourments d’une fin de siècle. Mais la terreur devant le réel incompris est ici remplacée par l’humour – et le diable d’hier par les psys d’aujourd’hui. L’atmosphère esthète de Huysmans surnage, entre Baudelaire et Gustave Moreau, le satanisme étant, à fin de notre siècle, la secte du Lacan gourou. Le réalisme des descriptions huysmaniennes portent ici sur les livres anciens, les meubles d’époque et les statues médiévales.

Le roman est parsemé d’aphorismes du « grand psy » qui rappellent les maximes primaires de l’instituteur Mao en son petit Livre rouge. « Il n’y a pas de vérité qu’on puisse dire toute » p.61, « l’imaginaire et le réel sont deux lieux de la vie » p.96, « le réel, c’est quand on se cogne » p.117… Lacan va-t-il détruire ce talent d’écrire ? « Après tout, si je suis devenu écrivain, c’est à ma frustration que je le dois. Et c’est pour cette raison que j’en suis l’obligé » p.68. De la blessure naît le poète, de la souffrance l’observation aiguë des autres. « J’aime en art tout ce qui révèle à mi-mot les faces cachées de l’existence » p.42. D’où Nietzsche et Stirner placés sur la cheminée de face, encadrant un Hegel de dos : la généalogie de la morale et l’autonomie de l’Unique contre le chantre de l’Ordre historique, succédané du destin voulu par Dieu.

Samuel Rosen soupçonnera Nerval d’avoir été le nègre de Baudelaire, calculera des anagrammes pour le prouver, en écrira un livre qui ne sera pas édité, puis passera à la Trappe pour y subir la révélation lacanienne du bord d’elle. L’art est un leurre qui cache une vérité. Les arts « aiguisent ma fascination pour l’incompréhensible » p.170, surtout lorsque cela me concerne… Une gravure ouvre sur une porte qui, dans l’inconscient personnel fait référence à une scène primordiale, de laquelle tout découle. C’est joliment tourné, puissamment décrit. Le personnage unique prend toute la place mais captive par sa force. Même si la névrose, pathologie psychique des siècles d’interdits (phobies, obsessions, neurasthénie, refoulement…), se trouve aujourd’hui remplacée plutôt par la psychose, angoisse devant l’écrasante solitude de l’être responsable de lui-même et tourné, pour cela, exclusivement vers soi (narcissisme, paranoïa, mégalomanie, schizophrénie…)

Restent quelques phrases un peu sophistiquées qu’on croirait plaquées comme un rajout, un autre moment d’écriture ou une autre main, un fard sur la nature du texte. Que penser de celle-ci : « Sa prime approche fait néanmoins l’économie de la complexité extrême du dandy dont l’élégance précieuse occulte l’apparence quelquefois ridicule » p.14. Ce n’est pas le cas général, cependant l’artiste peut prendre lui aussi un jargon technocrate, contamination peut-être des catalogues de galeristes.

Mais comment faire la critique d’un auteur qui désarme par avance les plumes acérées ? « On s’en donnera à cœur joie de railler mon talent, ridiculiser mes propos, humilier ma personne » p.99. Il n’en est rien, cher auteur, votre roman est un bon roman, votre troisième, dont je dis tout le bien ci-dessus et que je conseille aux lecteurs.

Patrice Trigano, L’oreille de Lacan, 2015, éditions de la Différence, 185 pages, €18.00 
Attachée de presse Guilaine Depis, 06 84 36 31 85 guilaine_depis@yahoo.com
Galerie Patrice Trigano 
Portrait de Patrice Trigano dans le Nouvel économiste 

16/06/2015

Patrice Trigano dans Actualitté - Par la très belle Félicia-France Doumayrenc (16.06.15)

 

'On ne sort jamais indemne d’une plongée dans l’écriture'

Par Félicia France Doumayrenc

Capture d’écran 2015-06-16 à 17.18.27.png« On ne sort jamais indemne d’une plongée dans l’écriture. » C’est par cette phrase si juste dans son interpellation que se termine le roman de Patrice Trigano : L’oreille de Lacan. Pourtant, le début d’un livre naît avec la première phrase de celui-ci. Telle l’ouverture d’un opéra, elle donne le ton, ouvre le souffle, fait respirer le lecteur au rythme de silences ponctués.

Un roman fait entrer celui-ci dans un imaginaire autre que le sien. Ce livre entraîne dans un chemin plus tortueux puisque l’auteur nous livre un roman dans le roman et pose, ainsi, le travail de l’écrivain, son imagination, sa plume.

 

En effet l’auteur, un des personnages de Patrice Trigano et dont nous ne saurons jamais le nom, décide un jour d’écrire, d’inventer la vie de Samuel Rosen. Homme qu’il observe dans le petit cercle germanopratin et qui est devenu, pour lui « une énigme vivante », justement parce qu’il en épie les moindres faits et gestes.

 

Samuel Rosen esthète proche de des Esseintes personnage de Huysmans dans À rebours, est un homme qui semble d’une autre époque.

 

Non loin de l’ermite, ce dandy névrosé, semble atteint d’une névrose obsessionnelle dont il dit « ces manies, progressivement apparues dans ma vie comme de faux amis sous prétexte de m’aider, aliènent mon quotidien ; mais je suis loin d’être hostile à cette mise sous tutelle ». De même, il est en proie à d’insurmontables problèmes sexuels et a pour regret de ne pas avoir été sur le divan de Lacan à vingt ans. Personnage solitaire, il vit en en l’unique compagnie de son majordome qui, lui sert aussi, d’homme de ménage, de maître d’hôtel, de cuisinier, etc.

Tentant d’apaiser ses angoisses, il s’autorise à écrire un livre dont il ne doute pas de la puissance.

 

Dans ce but, il part faire une ascension du Mont Ventoux sur les traces de Pétrarque, fait un pèlerinage à Rocamadour en mettant ses pas dans ceux de Francis Poulenc, tout en ayant en tête les phrases de Lacan comme si celles-ci lui servaient de béquille et l’aidaient à vivre.

 

David Rosen, homme érudit puise sa langue dans celle des auteurs classiques et contemporains (on croise tout au long du récit des références tant à Maupassant, Poe, Bataille, Breton, etc.) et dans sa bibliothèque, car comme il l’écrit « bibliophile insatiable, j’ai engouffré une large partie de la fortune héritée de mon grand-père dans la constitution d’un ensemble qui compte plus de douze mille volumes

 

Livre très dense, remarquablement bien écrit, empli de références tant sur la littérature, la peinture, la musique parfois délirant : Rosen croyant un instant que Nerval était le nègre de Baudelaire, il ne se doit pas d’être, plus encore, dévoilé. 

 

L’intrigue intéressante est un prétexte pour faire comprendre au lecteur les subtilités de la création. Par une pirouette, lors d’un échange de correspondance entre Rosen et l’auteur, Patrice Trigano induit cette question. 

 

Qui est Rosen ? Qui est l’auteur ? Sont-ce deux personnages différents ?  

 

Ce dernier ne sombre-t-il pas, à son tour, dans une espèce de conduite de répétition ? 

 

Et, c’est cette phrase qui pousse à s’y interroger : « La psychologie du modèle a déteint sur son biographe. »

Il faut lire ce roman dense et envoûtant. Tout d’abord parce qu’il est remarquablement bien écrit et surtout parce qu’il transporte dans un temps quasi suspendu.

 

L’oreille de Lacan est un écrit sur la peinture, l’écriture, l’esthétisme, la névrose, sur Lacan, sur la psychanalyse, sur la quête de soi et sur l’écriture en elle-même. 

 

Patrice Trigano signe là un des meilleurs livres de cette année, et pousse à écrire, en le paraphrasant qu’on ne sort jamais indemne d’une plongée dans un roman, en particulier dans celui-ci dont le titre L’oreille de Lacan, à lui seul, est porteur de métamorphoses.

09/06/2015

Patrick Poivre d'Arvor nous livre une interview de grande qualité de Patrice Trigano (4 juin 2015)

Patrick Poivre d'Arvor fait de l'écrivain Patrice Trigano son invité Littérature sur Radio Classique le jeudi 4 juin 2015 à 19h50. Avec Thierry Gandillot des Echos. Podacst à venir.

Ici, Patrice Trigano avant l'enregistrement de l'émission.

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06/06/2015

"L'Oreille de Lacan" par Nathalie Georges-Lambrichs dans Lacan Quotidien (n°514, juin 2015)

 

L’artiste, son modèle, son galeriste et son biographe

(In)actualité brûlante, la chronique de Nathalie Georges-Lambrichs

À propos de Catherine Millet, Bernard Dufour, L’Œil du désir, Éditions de la Différence, Paris, 2015 et de Patrice Trigano, L’Oreille de Lacan, Éditions de la Différence, Paris, 2015. 

Qu’est-ce qu’un artiste ? Un peintre ? Est-ce affaire de savoir-faire, de manière, de style ? Et s’il pouvait s’agir d’une logique ? On se trouve ici à un carrefour. Le focus peut se faire sur qui s’impose au regard global, Jeff Koons et ses structures gonflables géantes renversant les couloirs dans lesquels l’œil des habitués du parc de Versailles se repose, Vanité scintillante de Damien Hirst, sans compter les jeunes artistes qui se lèvent dans l’empire du milieu et ses parages circonvoisins où convergent les faisceaux flagrants des investisseurs clandestins de La Ruée vers l’art1.

Il peut aussi se faire qu’un parcours force le respect du fait de sa persévérance à frayer une voie propre, intime, inédite. Les furieux que Pierre Lepère a rassemblés pour la littérature, les forcenés, les véhéments ou les frénétiques dont les livres sont des insomnies, ont leurs équivalents en peinture. Mais Bernard Dufour n’est pas non plus tout à fait affin à la catégorie. Et ce n’est pas de catégorie, d’ailleurs, qu’il est ici question, mais de conviction intime.

Au commencement étaient l’ignorance, le non-savoir faire, la maladresse. Au commencement étaient l’amour et la mort, liés. Puis entre l’amour et l’amour une faille en fusion fondit une surface, une bulle s’y forma, s’enfla, se fragmenta et vint au fur, au jour pas sans la nuit noire comme un four évoquant le temps pariétal où peindre des femmes, plusieurs femmes, et parmi ces femmes, une femme. Martine ainsi prénommée, est la femme du peintre, sa femme prise, perdue et reprise, et de cette femme, le sexe, essentiel, fondamental, jamais définitif, et les yeux, presque équivalents, saisis et lâchés sur des toiles inachevées, comportant des pans de vides et des coulures aléatoires, lambeaux de voiles laissant passer le regard du peintre qui circule dans ses toiles, déposé et dépositaire de leur secret. 

En quoi la traque impossible par un peintre de son propre regard peut-elle intéresser un autre que lui ? Les impasses en trompe l’œil du se voir se voir n’ont-elles pas été assez condamnées ? C’est qu’il y a des toiles issues d’une solitude que chaque jour a radicalisée toujours plus, solitude nommée, et augmentée de rencontres ou de compagnonnages aussi rares que décisifs. Catherine Millet les indique dans son texte de présentation, très simple et classique, par lequel elle introduit à l’œuvre.

Chez Trigano à Paris rue des Beaux-Arts on peut voir la dernière exposition pour laquelle ce livre, qui n’est pas un catalogue, a été écrit.

Je ne peux que dire l’effet, sur moi, de ce que j’y ai vu, à savoir des toiles qui ne m’ont pas paru séduisantes, ni captivantes au premier abord. Des toiles dont j’ai ressenti la violence diffractée entre des compositions déroutantes qui invitent à des lectures, sinon au déchiffrage et des couleurs dysharmoniques, presque criardes, mais seulement parfois, car d’autres toiles, quasi-monochromes, vous font signe, promettant un repos, mais trahissent aussitôt cette promesse, par un détail qui vous coupe à nouveau le souffle.

C’est que le corps, les corps, leur poids, leur évanescence, leur fuite éperdue, leur capture toujours manquée, et répétée pour cela même, sont la matière du vôtre. Le noir de Soulages se fracture, il ouvre, il débouche, quelque chose hurle, sur une fréquence inaudible. Les voir, ces corps, réduits dans le livre au format de la carte postale les dénature assez pour les rendre regardables, sans trop d’exposition de soi à soi. Mais en présence, c’est bien d’Autre chose qu’il s’agit, et qui vous glace les sangs, et les yeux. Faut-il s’y faire ? Catherine Millet, qui sait de quoi elle parle, vous y invite.

Et Trigano ? Patrice Trigano vient de publier son troisième roman, qui s’intitule L’Oreille de Lacan. De la vie cet avatar de des Esseintes qu’est l’illustre collectionneur Samuel Rosen, l’auteur-narrateur entend s’inspirer pour écrire le roman que nous lisons. À l’abri des regards, il compose le catalogue de la collection de son héros dont nous saurons beaucoup mais ne verrons rien car « la seule idée de laisser entrer quiconque dans [s]on hôtel

 

particulier du VIIe arrondissement [lui] déclenche des brûlures d’estomac et des plaques d’urticaire » (p. 44). Infiniment démultiplié, cet ego rêve de l’oreille géante de Lacan (p. 59). Faute de s’être allongé sur le divan de celui qu’il guettait à 20 ans dans la rue de Lille, il est devenu la doublure du Pitre de Weyergans, et fait de sa névrose un objet d’art et l’étendard d’une révolte autoproclamée.

Ainsi le collectionneur solitaire, « moi, Rosen » (p. 122) accomplit, au fur et à mesure que se déroule son aventure, la quintessence de la névrose, telle que rêver et penser sa vie en sont l’exil lucide et la vérité vraie, tant il appert que « Tout dans [s]a pensée ne fonctionne que par référence à l’art et à la littérature » (p.130). C’est Rosen qui se remémorant le dernier cours de Lacan où il avait vu ce dernier s’enfoncer sans remède dans l’aphasie revient à La Lettre volée et se lance dans le décryptage effréné des Fleurs du mal, soupçonnant des malversations dont il rétablit la vérité avant de disparaître à son tour, faussant compagnie à son biographe, qui le retrouve, lui écrit, et reçoit en retour, sa profession de foi individualiste, étayée sur une solide assertion de Mirbeau ayant trait à la philosophie des moutons (p.152) et quelques autres de son cru. Splendeur et misère. Mais la surprise surgit quand on ne l’attendait plus...

À l’abri de l’inconsistance qu’il façonne dans la jubilation, Trigano nous a fait traverser le miroir ou le piège de cette existence d’emprunts. Cumulant les joies de l’amateur des sarcasmes les plus délectables et du collectionneur érudit le plus exigeant, à couvert d’avouer ses satisfactions délicates et les impudiques, il méduse les sots, fait des demi-sots ses complices, et de la solitude son arme pour ne garder que cette dernière, et nous en laisser le reflet inutile. Car la solitude est ce vampire auquel chacun résiste par ses propres moyens, et Lacan se révèle à la fin, incarnant la puissance du rêve, la nécessité absolue d’une traversée au-delà du principe de plaisir et la figure en laquelle cristallise l’assomption juste, sans autre garantie que son énonciation.

1La Ruée vers l’art, documentaire de Danièle Granet et Catherine Lamour, 2013.