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24/06/2015

"L'Oreille de Lacan" apprécié par le très exigeant Alan Argoul (24 juin 2015)

Patrice Trigano, L’oreille de Lacan

patrice trigano l oreille de lacan
L’auteur aime à se mettre dans la peau d’un autre ; il s’est ainsi inséré dans la personnalité d’Antonin Artaud et de Raymond Roussel« Quelle bien étrange et douce tendance que celle qui consiste à ne voir le monde qu’à travers l’art ! », écrit-il dans Une vie pour l’art. L’art serait un reflet de la vie, mais sublimé, réduit à son essence signifiante. En ce dernier « roman », il a imaginé et fantasmé cette fois la vie d’un personnage de fiction, Samuel Rosen.

Dandy névrosé plein de TOC, obsédé de Lacan qu’il n’a jamais rencontré mais aperçu de loin, collectionneur maniaque qui s’entoure d’objets comme d’autant de doudous, Samuel est un personnage cannibale. Comme le Golem, créature artificielle qui échappe à son créateur, il en vient à envahir la vie de l’auteur, son imaginaire, comme une « élucubration désirante », ainsi qu’il le dit joliment hors texte. La construction du roman présente l’originalité d’un prologue où l’auteur expose sa volonté de faire la biographie de son personnage, d’un « logue » où il en revêt la peau, enfin d’un épilogue où il se dresse contre lui, l’accusant de l’avoir contaminé. Mais être possédé des êtres créés de soi, n’est-ce pas la pathologie du véritable écrivain ?

Rosen est révolté évidemment, comme son auteur et comme le veut la mode intellectuelle. Il se cherche sans se trouver. Inhibé sexuel, il pousse les expériences comme on pousse successivement des portes – jusqu’à l’ultime. Il va ainsi dans les premières pages participer, alors que « la lune diffuse sa lumière blafarde dans les rues désertes » p.21, à une séance des Omphalopsyches, une secte adoratrice du nombril, qui y voit depuis la plus haute antiquité l’origine du monde. Ce n’est pas sans rappeler Joris-Karl Huysmans (d’ailleurs cité p.30), dandy lui aussi, tout pénétré des tourments d’une fin de siècle. Mais la terreur devant le réel incompris est ici remplacée par l’humour – et le diable d’hier par les psys d’aujourd’hui. L’atmosphère esthète de Huysmans surnage, entre Baudelaire et Gustave Moreau, le satanisme étant, à fin de notre siècle, la secte du Lacan gourou. Le réalisme des descriptions huysmaniennes portent ici sur les livres anciens, les meubles d’époque et les statues médiévales.

Le roman est parsemé d’aphorismes du « grand psy » qui rappellent les maximes primaires de l’instituteur Mao en son petit Livre rouge. « Il n’y a pas de vérité qu’on puisse dire toute » p.61, « l’imaginaire et le réel sont deux lieux de la vie » p.96, « le réel, c’est quand on se cogne » p.117… Lacan va-t-il détruire ce talent d’écrire ? « Après tout, si je suis devenu écrivain, c’est à ma frustration que je le dois. Et c’est pour cette raison que j’en suis l’obligé » p.68. De la blessure naît le poète, de la souffrance l’observation aiguë des autres. « J’aime en art tout ce qui révèle à mi-mot les faces cachées de l’existence » p.42. D’où Nietzsche et Stirner placés sur la cheminée de face, encadrant un Hegel de dos : la généalogie de la morale et l’autonomie de l’Unique contre le chantre de l’Ordre historique, succédané du destin voulu par Dieu.

Samuel Rosen soupçonnera Nerval d’avoir été le nègre de Baudelaire, calculera des anagrammes pour le prouver, en écrira un livre qui ne sera pas édité, puis passera à la Trappe pour y subir la révélation lacanienne du bord d’elle. L’art est un leurre qui cache une vérité. Les arts « aiguisent ma fascination pour l’incompréhensible » p.170, surtout lorsque cela me concerne… Une gravure ouvre sur une porte qui, dans l’inconscient personnel fait référence à une scène primordiale, de laquelle tout découle. C’est joliment tourné, puissamment décrit. Le personnage unique prend toute la place mais captive par sa force. Même si la névrose, pathologie psychique des siècles d’interdits (phobies, obsessions, neurasthénie, refoulement…), se trouve aujourd’hui remplacée plutôt par la psychose, angoisse devant l’écrasante solitude de l’être responsable de lui-même et tourné, pour cela, exclusivement vers soi (narcissisme, paranoïa, mégalomanie, schizophrénie…)

Restent quelques phrases un peu sophistiquées qu’on croirait plaquées comme un rajout, un autre moment d’écriture ou une autre main, un fard sur la nature du texte. Que penser de celle-ci : « Sa prime approche fait néanmoins l’économie de la complexité extrême du dandy dont l’élégance précieuse occulte l’apparence quelquefois ridicule » p.14. Ce n’est pas le cas général, cependant l’artiste peut prendre lui aussi un jargon technocrate, contamination peut-être des catalogues de galeristes.

Mais comment faire la critique d’un auteur qui désarme par avance les plumes acérées ? « On s’en donnera à cœur joie de railler mon talent, ridiculiser mes propos, humilier ma personne » p.99. Il n’en est rien, cher auteur, votre roman est un bon roman, votre troisième, dont je dis tout le bien ci-dessus et que je conseille aux lecteurs.

Patrice Trigano, L’oreille de Lacan, 2015, éditions de la Différence, 185 pages, €18.00 
Attachée de presse Guilaine Depis, 06 84 36 31 85 guilaine_depis@yahoo.com
Galerie Patrice Trigano 
Portrait de Patrice Trigano dans le Nouvel économiste 

16/06/2015

Patrice Trigano dans Actualitté - Par la très belle Félicia-France Doumayrenc (16.06.15)

 

'On ne sort jamais indemne d’une plongée dans l’écriture'

Par Félicia France Doumayrenc

Capture d’écran 2015-06-16 à 17.18.27.png« On ne sort jamais indemne d’une plongée dans l’écriture. » C’est par cette phrase si juste dans son interpellation que se termine le roman de Patrice Trigano : L’oreille de Lacan. Pourtant, le début d’un livre naît avec la première phrase de celui-ci. Telle l’ouverture d’un opéra, elle donne le ton, ouvre le souffle, fait respirer le lecteur au rythme de silences ponctués.

Un roman fait entrer celui-ci dans un imaginaire autre que le sien. Ce livre entraîne dans un chemin plus tortueux puisque l’auteur nous livre un roman dans le roman et pose, ainsi, le travail de l’écrivain, son imagination, sa plume.

 

En effet l’auteur, un des personnages de Patrice Trigano et dont nous ne saurons jamais le nom, décide un jour d’écrire, d’inventer la vie de Samuel Rosen. Homme qu’il observe dans le petit cercle germanopratin et qui est devenu, pour lui « une énigme vivante », justement parce qu’il en épie les moindres faits et gestes.

 

Samuel Rosen esthète proche de des Esseintes personnage de Huysmans dans À rebours, est un homme qui semble d’une autre époque.

 

Non loin de l’ermite, ce dandy névrosé, semble atteint d’une névrose obsessionnelle dont il dit « ces manies, progressivement apparues dans ma vie comme de faux amis sous prétexte de m’aider, aliènent mon quotidien ; mais je suis loin d’être hostile à cette mise sous tutelle ». De même, il est en proie à d’insurmontables problèmes sexuels et a pour regret de ne pas avoir été sur le divan de Lacan à vingt ans. Personnage solitaire, il vit en en l’unique compagnie de son majordome qui, lui sert aussi, d’homme de ménage, de maître d’hôtel, de cuisinier, etc.

Tentant d’apaiser ses angoisses, il s’autorise à écrire un livre dont il ne doute pas de la puissance.

 

Dans ce but, il part faire une ascension du Mont Ventoux sur les traces de Pétrarque, fait un pèlerinage à Rocamadour en mettant ses pas dans ceux de Francis Poulenc, tout en ayant en tête les phrases de Lacan comme si celles-ci lui servaient de béquille et l’aidaient à vivre.

 

David Rosen, homme érudit puise sa langue dans celle des auteurs classiques et contemporains (on croise tout au long du récit des références tant à Maupassant, Poe, Bataille, Breton, etc.) et dans sa bibliothèque, car comme il l’écrit « bibliophile insatiable, j’ai engouffré une large partie de la fortune héritée de mon grand-père dans la constitution d’un ensemble qui compte plus de douze mille volumes

 

Livre très dense, remarquablement bien écrit, empli de références tant sur la littérature, la peinture, la musique parfois délirant : Rosen croyant un instant que Nerval était le nègre de Baudelaire, il ne se doit pas d’être, plus encore, dévoilé. 

 

L’intrigue intéressante est un prétexte pour faire comprendre au lecteur les subtilités de la création. Par une pirouette, lors d’un échange de correspondance entre Rosen et l’auteur, Patrice Trigano induit cette question. 

 

Qui est Rosen ? Qui est l’auteur ? Sont-ce deux personnages différents ?  

 

Ce dernier ne sombre-t-il pas, à son tour, dans une espèce de conduite de répétition ? 

 

Et, c’est cette phrase qui pousse à s’y interroger : « La psychologie du modèle a déteint sur son biographe. »

Il faut lire ce roman dense et envoûtant. Tout d’abord parce qu’il est remarquablement bien écrit et surtout parce qu’il transporte dans un temps quasi suspendu.

 

L’oreille de Lacan est un écrit sur la peinture, l’écriture, l’esthétisme, la névrose, sur Lacan, sur la psychanalyse, sur la quête de soi et sur l’écriture en elle-même. 

 

Patrice Trigano signe là un des meilleurs livres de cette année, et pousse à écrire, en le paraphrasant qu’on ne sort jamais indemne d’une plongée dans un roman, en particulier dans celui-ci dont le titre L’oreille de Lacan, à lui seul, est porteur de métamorphoses.

"L'oiseau de Roux" par Guilaine Depis (Livr'Arbitres, numéro 17, juin 2015)

oiseau de roux.jpgArticle de Guilaine Depis dans le numéro 17 de la revue littéraire Livr'Arbitres consacrée à Dominique de Roux, page 52

L’oiseau De Roux

 Des ailes nobles sur un cœur de diamant

« Le cœur est une matière noble. Heureux ceux dont les cœurs se sont brisés. Ils ont gardé leur adolescence ».[1]

Alors qu’elle lui consacrait une séance de son Atelier permanent de lecture et d’écoute «à voix haute et nue»©[2], Michèle Venard confiait volontiers qu’elle aurait atteint son objectif de vérité si elle réussissait à faire ressentir à son public que Dominique de Roux était - selon son épouse Jacqueline de Roux - un oiseau.

Il en avait l’ineffable grâce, la virevoltante légèreté, la surprenante rapidité, l’insaisissabilité et les ravissants pépiements. Un oiseau qui avait la fronde courageuse toujours sur le point de s’envoler, de s’échapper, vers de plus hautes cimes littéraires, de plus lointaines contrées.

« L’honneur du combat amoureux c’est le déshonneur complet . »[3]

Dominique de Roux conjuguait l’écriture avec l’aventure, donnait corps à sa puissante pensée par des mots et des actes. Il n’avait peur de rien, et surtout pas de s’engager dans la défense des infréquentables de son temps, ni d’aimer – lui dont le blason comporte deux éclats de diamant et la devise latine « Cor adamantinum », que l’on traduit par « cœur de diamant ».

Un homme généreux, tourné vers les autres et le monde

Son ami Gabriel Matzneff l’évoque en ces termes dans son journal le 29 mars 1977, jour de son envol définitif :

« Son œil vif d’oiseau. Sa génialité, son verbe de feu.

Certains de nous soignent leur personnage : c’est ce que nous appelons avoir le goût de notre destin. Dominique, lui, n’avait aucun souci de son personnage. Nul n’était moins nombriliste que lui, et il semblait toujours plus intéressé par les autres que par soi. (…) Dominique, si passionné, si vibrant. L’inimitable façon qu’il avait de prendre la tangente – une tangente apocalyptique.[4] ».

Dominique de Roux a passé sa vie à partir ; son intelligence exceptionnelle et sa lecture à la fois libre et prémonitoire du monde nous font cruellement défaut.

« Dominique de Roux était un ultra historique – étymologique : ultra gauche et ultra droite à la fois, au-delà, de l’autre côté, plus loin, en avant, ailleurs.[5] »

Il allait partout, en quête de beauté et de sens. 

Une entêtante saudade

Avec la figure de l’oiseau, un second concept est essentiel est essentiel pour aborder, comprendre ou approfondir l’immensité De Roux : celui portugais de saudade qu’il définit lui-même comme « mémoire qui est anticipation, regret et désir à tel point que regret et désir communiquent »[6]

Dominique de Roux suscitait de son vivant l’horreur ou la vénération sans se soucier de sa réputation.

La postérité a tranché : son œuvre n’a jamais été autant lue, relue et étudiée qu’au troisième millénaire où le citer est devenu une référence de qualité – la référence suprême, le sésame ultime – parmi les derniers résistants des lettres.

Guilaine Depis

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[1] Dominique de Roux, Immédiatement, La petite vermillon

[2] Le jeudi 20 septembre 2012 au Théâtre des Deux-Rêves

[3] Dominique de Roux, Immédiatement, La petite vermillon

[4] Gabriel Matzneff, Un galop d’enfer, La Table Ronde, page 45-46

[5] Rémi Soulié, Les Châteaux de glace de Dominique de Roux (Les Provinciales/L’Âge d’homme), page 80

[6] Dominique de Roux, Il faut partir, Fayard

12/06/2015

DOMINIQUE DE ROUX, SOIRÉE EXCEPTIONNELLE LE 12 JUIN 2015, entrée librement

12 juin.jpgINVITATION VENDREDI 12 JUIN 2015 À 20 HEURES

À UNE SOIRÉE EXCEPTIONNELLE

AUTOUR DE L'OEUVRE DE DOMINIQUE DE ROUX

en présence de Jacqueline de Roux, Pierre-Guillaume de Roux et de nombreux écrivains)

À L'OCCASION DE LA SORTIE DU NUMÉRO 17 DE LA REVUE LITTÉRAIRE DU PAYS RÉEL, LIVR'ARBITRES (cliquez pour en savoir davantage sur cette revue littéraire)

en partenariat avec Guilaine Depis, attachée de presse 

Apéritifs, Ventes, Dédicaces & Livres d'occasion

Restaurant "Au petit Victor Hugo" 143 Avenue Victor Hugo 75016 PARIS

Métro Ligne 2 Station Victor Hugo

Entrée gratuite

* Chacun règle sa(ses) consommation(s) et a la possibilité de dîner sur place

Pour les journalistes, écrivains et critiques, merci de contacter pour vous inscrire guilaine_depis@yahoo.com / 06 84 36 31 85 / 

09/06/2015

Patrick Poivre d'Arvor nous livre une interview de grande qualité de Patrice Trigano (4 juin 2015)

Patrick Poivre d'Arvor fait de l'écrivain Patrice Trigano son invité Littérature sur Radio Classique le jeudi 4 juin 2015 à 19h50. Avec Thierry Gandillot des Echos. Podacst à venir.

Ici, Patrice Trigano avant l'enregistrement de l'émission.

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Soirée sur René Resciniti de Says à la librairie Contretemps jeudi 11 juin 2015 dès 18h30

Soirée exceptionnelle avec Christian Rol à la librairie Contretemps

Signature et rencontre à la librairie avec Christian Rol le jeudi 11 juin, de 18h30 à 21h pour son livre "Le roman vrai d'un fasciste français" aux éditions La Manufacture des livres.

Merci à l'excellent libraire Xavier de Marchis

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