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03/01/2013

Robert Solé, Edouard Baer, Luc Barbulesco, Salim Jay, Roger Grenier et Albert Farhi (film de Sophie Leys, 2005)

Le G.R.E.C. présente Une vie dans la journée d'Albert Cossery 

Un film de Sophie Leys (2005)


Six témoignages décryptés : Robert Solé, Edouard Baer, Luc Barbulesco, Salim Jay, Roger Grenier et Albert Farhi

Robert Solé, écrivain, journaliste (décryptage artisanal de ses paroles)

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Je crois qu'Albert Cossery, comme il le dit lui-même, n'a jamais quitté l'Egypte au fond : l'Egypte réellement l'habite, l'inspire, inspire les thèmes de ses livres, inspire le ton de ses livres, inspire sa langue - même s'il écrit en français, on sent bien que souvent il pense en arabe, ou que les mots lui viennent en arabe, donc c'est vraiment l'Egypte. C'est l'Egypte avec des aspects très fins, cette nonchalance égyptienne, ce sens de l'humour, cette dérision égyptienne qu'il a très bien reproduite et même recréée comme un véritable écrivain. 

*****

Edouard Baer, comédien (décryptage artisanal de ses paroles)

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Ca m'avait amusé quand j'avais vu "L'almanach de Saint-Germain des Prés" de Boris Vian où il le décrivait. Il y avait une photo de lui très étonnante, très sec, très jeune. Il y avait déjà un truc assez violent, assez dur dans le visage. C'est ça qui est étonnant : en lisant, on pourrait croire qu'il y a plus de douceur chez lui. Je suis fou du début des Fainéants dans la vallée fertile : le type qui regarde le jeune garçon en train de chasser, il est épuisé de l'activité déployée.... Enfin, c'est extraordinaire et alors en style c'est d'une écriture incroyable. Et maintenant il prétend que il a poussé l'art du "c'était mieux avant" à un truc qui est quasi poétique. "Le pain, le ciel c'était mieux avant" alors les jolies femmes étaient plus jolies. Il trouve un manque de grâce. Je me mets parfois en terrasse avec lui au Flore pour le convaincre qu'il y a quand même de jolies filles qui passent...    

Ca m'enchante physiquement quand il passe du renfrognement, quand il y a un éclair, un souvenir, un sourire, qui réapparaît. Il a une façon de sourire, ça lui est tellement volé qu'il est presque fâché que ça lui ait échappé, il est assez irrésistible. Quand on finit par lui faire échapper un sourire ou un rire, il revient de très très loin celui-là, et on est très fiers. 

D'ailleurs, il a une mise et tout ça, une tenue, une silhouette d'une élégance, c'est extraordinaire de le croiser dans la rue. C'est une expérience urbaine forte.

Luc Barbulesco, enseignant (décryptage artisanal de ses paroles)

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Les personnages qui conduisent le récit sont des hommes, que ce soit Gohar ou d'autres, mais ils vont chercher auprès des femmes, qui sont souvent d'ailleurs des jeunes filles - que ce soit des petites filles comme celle à bicyclette ou des jeunes filles de 15, 16 ans. Ils vont les chercher comme une sorte de référence, comme une source de joie aussi, mais aussi comme une source de connaissance.   

(...)

Et ses leçons d'humanité, on a peine à les percevoir parce qu'elles sont délivrées de façon très allusive, très énigmatique, comme tout ce qui a trait à l'Egypte, ici ce sont des chiffres, ce sont des énigmes. Donc à nous d'une certaine manière eh bien de déchiffrer des énigmes. 

Salim Jay, écrivain (décryptage artisanal de ses paroles)

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Albert Cossery, c'est d'abord une phrase, une phrase qui a la délicatesse et la netteté du trait d'un maître du dessin. C'est cela, le talent de Cossery : raconter, certes, parce que c'est un grand conteur, mais aussi faire naître une vérité qui est à la fois la vérité intérieure de l'écrivain, et la vérité mystérieuse, l'énigme humaine. On se comprend mieux soi-même en lisant Albert Cossery, on comprend mieux l'Orient s'il existe, on comprend mieux l'Occident s'il existe, on comprend mieux l'homme et la femme s'ils existent. 

Roger Grenier, écrivain (décryptage artisanal de ses paroles)

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C'était une sorte de calendrier vivant. Je trouvais Albert Cossery parce qu'il disparaissait tout l'hiver, puis quand on le voyait réapparaître à la terrasse du Flore sur le coup de midi ou de 2h de l'après-midi pour prendre son petit-déjeuner, on se disait "Ah ça y est, les beaux jours sont revenus". Et puis il y avait cet hôtel qu'il a fini par rendre légendaire, l'hôtel de la Louisiane où il habitait toujours, c'était une période, ça n'a pas duré très longtemps, l'époque de Combat, ça s'est terminé en juin 47. C'était l'époque où vraiment le soir alors qu'on savait que le journal était condamné, on allait se consoler dans les boites de Saint-Germain des Prés dont c'était la naissance d'ailleurs, le Tabou et le Méphisto. Et Camus y allait presque tous les soirs et c'est dans ce quartier évidemment qu'il a connu Cossery. Et puis, Camus était toujours très sensible aux gens originaires d'Afrique du Nord. Bon, l'Egypte, c'est pas exactement le Maghreb, mais enfin ça fait rien, il y avait une fraternité.

Albert Farhi, écrivain, journaliste (décryptage artisanal de ses paroles)

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Le Caire, où nous sommes tous nés dans le premier quart du XXème siècle était un pays qui était colonisé, et trois fois plutôt qu'une par les Turcs, par les Anglais et par la langue française. Mais la préférence allait au français, ce qui est un paradoxe. Il y avait - je ne vais pas vous faire un historique de la chose - il y avait sept quotidiens français au Caire, sept pour une population francophone qui à mon avis ne devait pas dépasser le demi-million. (...) Albert, ça n'a jamais été un ami comme ça. On l'aimait bien, mais on n'était pas intimes. Il portait des pochettes, il avait des cravates auxquelles il faisait deux doubles noeuds, il avait un côté venin comme ça, il m'a toujours paru beau comme un acteur de cinéma du noir et blanc, du début du parlant, toujours très bien coiffé, il portait un costume qui était usé aux manches mais très élégant. Moi, c'est l'image que j'en ai (croquis réalisé par Bib en 1931), longeant les trottoirs, cherchant que dévorer, mais un tout petit peu déplacé dans le temps, un peu à contretemps. Il n'était pas à la mesure des gens qui marchaient dans la rue européenne. Il était comme moi habillé normalement, il était un peu trop dandy. (portrait réalisé par El Telmessany en 1941) Jeune homme, c'est un miracle qu'il ait eu envie d'écrire. Ca aurait été un petit voyou qui aurait fini par se suicider par la drogue. Il était en partie dédoublé dans sa culture française, mais pas dans sa promiscuité égyptienne. Je dis "promiscuité" : il sait parler aux laveuses, aux putains, à celle qui lui avait repassé sa chemise, il savait parler. Je me suis toujours demandé si ses petits bonhommes verts qu'il nous décrits - la basse Egypte, l'Egypte la plus proche de la terre, des misérables - ne sont pas les hommes verts de l'avenir. C'est ça, l'humanité à venir. C'est ça, Starwars, ce sont ces personnages-là qui sont l'avenir, et ces personnages-là qu'on fait le terrorisme, et ces personnages-là dont on fait les martyrs, musulmans et autres - même les Juifs en Israël qui se tuent parce qu'on va les foutre à la porte de Gaza où je sais plus où. Ce sont ces personnages-là. Il a une vision en apparence baroque, mais c'est très sérieux. C'est beaucoup plus sérieux que ça. C'est pas des romans réalistes et baroques, du folklore égyptien, c'est une fiction d'une humanité à venir. Les vrais vivants, c'est ces types-là, c'est pas vous ni moi.

Les années où il a vécu en Egypte avant-guerre - moi je le voyais au Caire - il déambulait entre Soliman Pacha et la rue Fouad.

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