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01/03/2013

Sur France Culture, le "Tout feu, tout flamme" de Sébastien Le Fol décrypté pour vous

081832-001.jpgDans le Tout feu, tout flamme du mardi 26 février 2013Sébastien Le Fol choisit d'associer Albert Cossery à son ami Gabriel Matzneff qui publie un nouveau livre aux Éditions de La Table Ronde en même temps que Frédéric Andrau le sien aux Éditions de Corlevour.

Une émission à réécouter ici mais je l'ai décryptée pour mes chers lecteurs ci-dessous : 

- Vous, vous préférez nous parler aujourd'hui des derniers dandys de Paris, Sébastien Le Fol...

- Oui, j'aimerais vous parler aujourd'hui de deux écrivains que je trouve méprisés par les médias, qui ont été mis en quarantaine en quelque sorte - en tous cas pour l'un d'entre eux - dont l'oeuvre n'est pas étudiée au lycée, qui sont snobés par l'Académie française.

Pourtant, ces écrivains n'ont rien à envier - me semble t-il - à Marcela Iacub. Leurs lecteurs, moins nombreux que ceux de "Belle et bête" n'en sont pas moins fervents et ils s'échangent le nom de ces réfractaires comme des codes secrets. Alors Albert Cossery et Gabriel Matzneff seraient-ils des auteurs pour happy few ? Oui si on en prend l'expression au sens littéral : les livres de Cossery et Matzneff rendent effectivement heureux les rares curieux qui osent s'y plonger. 

Ces deux immigrés, l'un Égyptien, l'autre Russe, ont mis leur vie dans leur oeuvre et ils ont osé vivre leurs passions, parfois schismatiques et à leurs risques et périls. Les lire, c'est adopter une diététique, se convertir à une philosophie de l'existence que l'on pourrait réunir sous la bannière du dandysme. 

CouvCossery.jpgNé au Caire en 1913 et mort à Paris en 2008, Albert Cossery a résumé ainsi sa philosophie : "J'ai écrit pour que les gens qui me lisent n'aient pas envie d'aller retourner travailler le lendemain". Cet oriental au profil d'aigle à qui Frédéric Andrau consacre un vibrant exercice d'admiration, Monsieur Albert aux Éditions de Corlevour, a vécu en esprit libre dans la même chambre d'hôtel de Saint-Germain des Prés pendant quarante ans, l'hôtel de la Louisiane. Cossery tenait l'oisiveté pour le souverain bien et voyait dans le travail un piège tendu par la société pour nous assujetir.

Son oeuvre est à son image, économe et subtile, une dizaine de contes qui ont été réédités par Joëlle Losfeld qui célèbrent la richesse des misérables. Je vous conseille notamment la lecture de "La violence et la dérision" qui imaginait déjà une sorte de printemps arabe. Dans une ville du Proche-Orient placée sous la coupe d'un tyran grotesque, des saltimbanques lancent une campagne de déstabilisation fondée sur la dérision. Des affiches caricaturales à la gloire du dictateur fleurissent sur les murs provoquant l'hilarité du peuple et par conséquent la chute du tyran. 

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Gabriel Matzneff aurait sans doute préféré que Kadhafi fut renversé de cette manière. Dans Séraphin, c'est la fin, son nouveau recueil de chroniques paru aux Éditions de La Table Ronde, Gab la Rafale - comme il s'est surnommé - n'a pas de mots assez durs contre l'intervention franco-britannique en Lybie. On pourra le trouver complaisant avec le défunt Guide de la Révolution. Mais depuis ses premiers articles à Combat, ce bretteur hors pair n'a de cesse de fustiger le Nouvel Ordre mondial prôné par ce qu'il appelle les pharisiens glabres d'outre atlantique. Dans ce domaine-là, au moins, Matzneff se montre plus fidèle que dans sa vie amoureuse décomposée. 

On peut ne pas être d'accord avec les idées fixes de cet archange aux pieds fourchus, mais il faut reconnaître qu'il les défend avec brio, dans un style éclatant. Chacun de ses livres est un festin. Les tomes de son journal intime se lisent comme autant d'aventures de Tintin, le sexe en plus. Avec Ivre du vin perdu, il a probablement écrit l'un des plus beaux romans de sa génération. Le polémiste est aussi étincelant. Sabre de Didi au clair, Matzneff taille en pièces les lieux communs de son époque. Il provoque en duel les moralisateurs de tous bords. 

Mais cet esprit libre est aussi un passeur, il aime partager ses admirations. Il n'en finira jamais de payer sa dette aux maîtres de sa jeunesse. Le portrait qu'il dresse de Casanova est de ce point de vue un chef d'oeuvre de gratitude. Sans Matzneff, nous ne saurions peut-être pas en France qu'il existe une religion orthodoxe. Et si tous les profs de grec ou de latin parlaient comme lui de Pyrrhon ou de Sextus Empiricus, les élèves se battraient pour assister à leurs cours. 

Avec Matzneff comme avec Albert Cossery, le lecteur a l'impression de faire l'école buissonnière et c'est bien pour ça que leurs oeuvres ne sont pas inscrites au programme. Et c'est tant mieux : les grandes passions comme les conversions les plus sincères sont clandestines.

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